• Laure

Indie music : comment ne pas se faire ubériser ?

Dernière mise à jour : févr. 1



Comment survivre quand on est un artiste indépendant ?


Les outils aux service des artistes indépendants se multiplient et produire son propre projet musical est désormais accessible. Beaucoup peuvent ainsi« faire vivre leur musique » . Arrivent-ils pour autant à vivre de celle-ci ?


L’autoproduction est plus dynamique que jamais, pour le meilleur et pour le pire


1 sortie d’album sur deux est aujourd’hui une autoproduction


Les acteurs qui gravitent autour de l’industrie musicale l’ont bien compris, et parlent désormais « d’artistes entrepreneurs » pour désigner ces créateurs qui doivent démultiplier compétences et investissements pour arriver au bout de leur projet artistique.


Le phénomène de l’autoproduction est ancien, en particulier dans le Hip-Hop et le rap, mais son ampleur est nouvelle. Il est en effet plus facile aujourd’hui pour un artiste d’accéder aux moyens de production avec un coût maitrisé et de trouver des solutions de distribution et de promotion sans passer par un label. Les plateformes numériques telles que Tunecore ou Imusician pour la distribution digitale, ou Bandcamp pour la distribution digitale et physique en DtoC y sont pour beaucoup. Le rapport du ministère de la Culture sur les artistes de la musique en auto-production, publié l’an dernier, soulignait déjà les transformations que cela entraîne au niveau des professionnels de l’industrie musicale. Le rôle de repérage et d’accompagnement des labels s’en trouve réduit, impactant la diversité de la musique :

« Aujourd’hui, quand un label s’approche d’un artiste, au maximum, c’est pour un contrat de licence » relève un directeur de SMAC interviewé dans le cadre de cette enquête.

L’artiste-entrepreneur, peut donc, au mieux, espérer une aide pour la commercialisation et la promotion de son album mais la phase de conception et de production est à ses frais. Dans tous les cas, il devra donc gérer son projet comme une petite entreprise pour assurer son atterrissage.


L’Artiste-entrepreneur : premier de cordée ou dindon de la farce ?


Cet état de fait implique pour l’artiste de développer de multiples compétences : prévisions budgétaires, gestion de projet, marketing, commercial, etc. … Et cela sans compter les activités qu’il devra mener pour assurer le développement de son projet : création de contenus pour les réseaux sociaux, auto-production de clips, a minima. Certains vont jusqu’à développer eux même leurs sites internet ! Deux tendances coexistent ( et ne s’opposent d’ailleurs pas) : il y a ceux qui se forment comme par exemple avec L'atelier de cédric et ceux qui s’appuient sur des offreurs de services spécialisés comme Marketing Musical ou Groover.

Le ministère de la Culture fait d’ailleurs le constat du développement d’une myriade de nouveaux acteurs, un « écosystème de l’artiste autoproduit » et en conclut : « les artistes qui sont en capacité d’investir dans leur activité musicale peuvent faire appel à des prestataires diversifiés. Ils externalisent ainsi certains aspects – juridiques, administratifs, financiers, communicationnels – de leur projet tout en en gardant le contrôle »

Bon ok, l’artiste-entrepreneur dépense, on a compris !!! Pour certains, on croirait même que c’est la nouvelle poule aux œufs d’or ;-) ! Mais au fait, qu’est-ce qu’il gagne ?


Le dilemme de l’artiste-entrepreneur : ce qui est gratuit ne vaut rien


Le CA de l’industrie musicale est de 650 millions d’euros par an et depuis 2018, les ventes en téléchargement et streaming réunis, dépassent celles du marché physique. Pourtant, sur un abonnement mensuel de 9,99€, les artistes écoutés se partagent... 0,46€ seulement ! Les plateformes qui permettent une distribution en DtoC prennent environ 20 % des ventes physiques. Résultat : un artiste devrait cumuler près de 400 000 écoutes mensuelles sur une plateforme de streaming pour gagner un SMIC .

A l’autre bout de la chaîne, les auditeurs et consommateurs de contenus : 62% des jeunes plébiscitent l’écoute gratuite…. Ok, la boucle est bouclée. L’artiste-entrepreneur dépense, on vous disait.


Musiciens indé : quels modèles de revenus pour continuer à créer ?


La stratégie de la diversification


Plusieurs modèles co-existent et je ne saurai pas vous dire lequel est le meilleur. Il y avait bien sûr, les concerts, qui permettaient la vente directe. Mais ça, c’était avant 2020. On en reparlera en 2022…

Pour pouvoir continuer à créer, nombre d'artistes diversifient leur offre et produits : il y a ceux qui tentent le merchandising pour venir équilibrer les fameuses dépenses dont on parlait plus haut. Les tee-shirts en sont un exemple fréquent dans le rap français. Certains privilégient la transmission, devenant eux-mêmes experts de l'autoproduction et offrant leurs services aux nouveaux entrants. Nombre d’artistes autoproduits montent d'ailleurs dans la foulée leur microlabels. Il y a également ceux qui ouvrent un studio et se spécialisent autour des métiers du son.


Abonnement et appel aux dons


Il y a également les sites tels Patreon qui proposent de soutenir la création en s’appuyant sur le modèle de l’abonnement. Les fans assurent un revenu régulier au créateur en échanges de contenus originaux. Les systèmes de dons sur You Tube sont un peu dans la même veine. Très récemment, une nouvelle plateforme vient d'être créer pour distribuer des livestreams auprès de fans prêts à payer un abonnement mensuel, elle s'appelle Allive et promet une rémunération équitable des artistes.

Bref, de nouveaux horizons qui surgissent, quelques minuscules lumières au bout du tunnel pour les artistes. Heureusement, c’est avant tout la passion qui les guide dans ce drôle de purgatoire!


Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous des expériences, des conseils à nous donner pour qu’un artiste de rap oldschool indépendant comme Diego puisse continuer à produire des contenus de qualité ? En tant que mélomane, de quelle manière seriez-vous prêt à soutenir un artiste dans son projet ?

N’hésitez pas à nous faire vos suggestions en commentaires !


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A la prochaine ;-)

Laure